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La Suède a interdit la violence éducative ordinaire en 1979. Si une génération équivaut à 25 années, nous pouvons considérer que la Suède a une génération et demi d’avance, et donc de recul concernant cette mesure phare en Europe.

En France, où en sommes-nous ?

Le 22 décembre 2016, la France interdit les violences éducatives et rejoint plus de cinquante pays qui ont légiféré à ce propos ces quarante dernières années. L’article 371-1 du code civil est modifié comme suit : l’exercice de l’autorité parentale exclue « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles. » Cependant, le 27 décembre 2016, 60 sénateurs saisissent le Conseil Constitutionnel pour faire annuler cette modification d’article dans le cadre de la loi égalité et citoyenneté. Le 26 janvier 2017, la modification de l’article est censurée par le Conseil Constitutionnel. L’article demeure donc comme suit :

L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant.

Elle appartient aux parents jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne.

Les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité.

Source

Que nous dit l’avance de la Suède ?

La Suède a près de 40 années de recul. En 1979 suite à cette législation, les enfants et les adultes sont soudainement devenus égaux face à la violence. Les retentissements sur la société suédoise seraient largement positifs avec une baisse de 30% de la délinquance chez les jeunes. Mais la Suède reste dans le viseur de la presse internationale. Suite à de nombreuses contre-vérité comme la déclaration de Donald Trump le 18 février en Floride {faisant un lien entre immigration, délinquance et terrorisme dans le pays scandinave} et de nombreux articles de presse divulguant des informations « simplistes » ou « erronées », le gouvernement suédois publie des chiffres officiels relatifs à la violence dans son pays.

Malgré la vague migratoire historique de 2014-2015, qui a vu la Suède accueillir 244 000 demandeurs d’asile {la plus forte proportion par habitant en Europe}, « de façon générale, la violence a diminué en Suède ces 20 dernières années ». Sofia Karlberg, responsable de la communication du ministère rajoute un fait important. Les statistiques de la Suède ne peuvent plus être comparées à celles des autres pays ;

Quant aux viols, « leur nombre déclaré a augmenté mais la définition du viol s’est élargie, ce qui complique la comparaison statistique ». Par exemple, note le texte, « si une femme affirme avoir été violée par son mari chaque nuit pendant une année, 365 faits criminels seront enregistrés, alors que dans la plupart des pays, ils n’en constitueraient qu’un seul ».

Les opposants de la loi LVU inquiets

Du côté de l’opposition, cette loi LVU est considérée comme étant une loi protectrice, autorisant l’état et donc les services sociaux à intervenir au sein des foyers. Pire, Jenny Beltran, avocate, affirme :

« Même s’il y a le plus petit risque, sans témoin, les services sociaux ont le droit d’enlever les enfants ».

D’après le NCHR (Comité Nordique des Droits Humains), une ONG scandinave, entre 15 000 et 20 000 enfants résidant en Suède seraient enlevés à leurs parents naturels pour être confiés à des institutions ou des familles d’accueil. Dans son rapport, le NCHR indique que les enfants issus de familles en difficulté (sur le plan pécuniaire, de la santé, etc.) ou à minorité ethnique seraient des cibles privilégiées.

La résultante constructive après 38 années de réforme est totalement remise en cause par les opposants. Dans les années 90’s en effet, une recrudescence de la violence envers les enfants fut constatée par des professeurs comme Joan Durrant ou Robert Larzelere…, mais également par la presse, des associations et autres professionnels. Cependant, de nombreux facteurs tels que la délation et l’évolution du cadre juridique pourraient permettre d’expliquer cet accroissement des chiffres. De plus, les parents en question sont nés avant l’interdiction des châtiments corporels, et non une résultante de cette loi « anti-fessée ».

Wittrock publie en 1995 un état des lieux concernant l’augmentation de la violence juvénile. Cette fois, il s’agit d’enfants nés après l’interdiction des châtiments corporels. Puis le rapport d’Erik Axelsson, « young offenders and juvenile justice in Sweden » tempère cela en ne montrant aucune augmentation de la délinquance chez les jeunes de 15 à 20 ans entre 1996 et 2008, à l’exception des actes contre les personnes.

Les opposants peuvent donc aujourd’hui discuter de l’efficacité de cette législation en Suède en ce qui concerne les vingt années qui suivirent. Preuve peut être qu’il faut plus d’une génération pour équilibrer le système et bénéficier des fruits d’une telle réforme ? (Source)

Un film-documentaire sur l’expérience de la Suède

Marion Cuerq, jeune française de 24 ans, vit en Suède depuis maintenant 5 ans. Elle exprime dans son film intitulé « même qu’on naît imbattable » (voir la bande annonce ici) le bond qu’elle a l’impression de faire dans le passé lorsqu’elle rentre en France :

« Pour moi aujourd’hui, revenir en France, c’est comme sauter dans une machine à remonter le temps. Loin dans le temps. Trop loin. Et c’est de là entre autre qu’est née l’envie de faire ce film.  »Même qu’on naît imbattables ! » Un documentaire où je vous invite vous aussi à sauter dans cette machine à remonter le temps, mais … dans l’autre sens, pour vous rendre dans le futur qui pourrait être celui de la France. »

Jeremiah, en classe de CM2, fait preuve d’une grande maturité lorsqu’il dit :

« Faire du mal aux autres c’est n’avoir aucune empathie, être incapable de ressentir leurs émotions. C’est tellement important de comprendre les émotions. D’avoir de la compassion. »

Ces mots sortent de la bouche d’un enfant qui n’a jamais connu la violence éducative ordinaire, et dont les parents ne l’ont peut être jamais connu non plus. Cette phrase est celle d’un enfant du futur. Un enfant qui a appris et compris que l’empathie, la confiance et l’écoute sont des qualités plus utiles et surtout plus efficaces pour accompagner l’enfant, et le laisser devenir un être épanoui.

Un criminologue suédois témoigne

Felipe Estrada, criminologue suédois, intervient également dans ce film-documentaire et fait part de ses constats, 40 ans après cette loi interdisant les châtiments corporels.

« Cette loi justement, c’est un bon exemple de ce changement sociétal sur le long terme. Le fait que nous vivons dans une société qui refuse de plus en plus la violence.

« On peut en être plutôt sûr. La criminalité chez les jeunes n’augmente plus en Suède. Au contraire, depuis la fin des années 70, elle n’a pas arrêté de chuter.’’

Les réactions des français face aux premiers extraits du film

Marion Cuerq témoigne des retours qu’elle a accueilli suite à la campagne d’appel aux dons et à la diffusion des premiers extraits de son film-documentaire :

« Pendant la précédente campagne d’appel aux dons, j’ai reçu énormément de messages, d’encouragements, de remerciements, de commentaires, de soutien, et j’en suis très reconnaissante. Cependant, les différents extraits du film ont aussi provoqué des réactions vives, de la colère, de l’indignation, des insultes même. Évidemment, je m’y attendais, la France étant à l’heure actuelle peuplée de plus de 85% de personnes justement favorables à la violence éducative, la fessée, la gifle, la correction, la branlée ou que sais-je encore.

Certains défendent toutes ces violences, d’autres n’en défendront que quelques-unes (ex : la fessée c’est ok, mais pas la gifle). Des différences de graduation très personnelles, agrémentées du très célèbre « Parce que bon, j’en ai pris et j’en suis pas mort …!’’

Pour suivre l’avancée du film documentaire, suivez la page Facebook du film, cliquez ici !

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